Pendant la majeure partie de ma vie, j’ai été profondément sensible, sans avoir ce mot pour le dire. Je savais que la présence des autres me submergeait, que j’avais des besoins sensoriels que je ne pouvais pas nommer et que je n’arrivais souvent pas à savoir ce que je voulais ou ce dont j’avais besoin. Sous tout cela persistait le sentiment que quelque chose n’allait pas, sans savoir quoi.
Poser des limites était difficile aussi, même si cela ne se voyait pas toujours. Mon réflexe était de chercher à plaire : apaiser les tensions, me rendre agréable, donner aux autres ce que je pensais qu’ils voulaient, jusqu’à ne plus pouvoir tenir et laisser surgir une forte réaction de lutte. Entre ces deux extrêmes, je m’effaçais en silence. J’avais appris à être « sage » en niant mes propres besoins et en repoussant les parts de moi qui ressentaient trop, voulaient trop ou avaient trop besoin.
L’art a été le premier endroit où déposer tout cela. Avant d’avoir les mots pour ce qui se passait en moi, j’avais la couleur, les images et la matière. Créer m’apportait un soulagement que la parole ne m’avait jamais donné. Sans le savoir encore, j’utilisais déjà l’art comme expérience somatique : une façon de faire sortir ce qui restait bloqué dans mon corps pour lui donner une forme visible.
C’est ce soulagement qui m’a menée à me former en art-thérapie. Pendant mes études, j’ai commencé à comprendre ce que je faisais spontanément depuis longtemps, puis j’ai poursuivi vers le travail somatique, le travail avec les parts de soi et le corps. La thérapie somatique m’a appris à travailler avec mon système nerveux plutôt qu’à le contourner. Le travail avec les parts m’a permis de commencer à me retrouver. J’ai rencontré les parts que j’avais exilées : celles qui portaient ma colère, mes limites, mon repos, mes désirs. J’ai retrouvé le chemin vers mes besoins réels, plutôt que ceux que je pensais devoir avoir.
Une partie de ces apprentissages me concernait directement. J’ai reçu un diagnostic de TDAH et je pense être autiste. Je suis actuellement sur une liste d’attente pour une évaluation neuropsychologique. J’en parle parce que cette attente est une expérience en soi, et parce qu’un diagnostic définitif n’est pas nécessaire pour reconnaître quelque chose de vrai en soi. Ce cheminement explique en grande partie pourquoi l’AuDHD m’est si familier. C’est un système nerveux plein de contradictions : avoir besoin de nouveauté et de constance, vouloir voir des gens et avoir besoin de solitude, pouvoir se concentrer intensément et ne pas arriver à commencer. Essayer de se comprendre à travers des conseils pensés pour un seul de ces profils peut être déroutant. Beaucoup de personnes arrivent convaincues d’échouer sur les deux plans.
Je vis également avec un trouble de stress post-traumatique complexe. Pendant longtemps, mon système nerveux réagissait avant que je puisse intervenir, et j’avais honte de réactions que je ne pouvais pas expliquer. Au fil des années, avec du soutien, j’ai beaucoup travaillé pour composer avec ces réactions plutôt que de me laisser diriger par elles. J’ai aujourd’hui une stabilité que je ne pensais pas pouvoir atteindre. Je ne suis ni « réparée » ni arrivée au bout du chemin, mais je peux retrouver mon équilibre lorsque quelque chose me déstabilise.
Aujourd’hui, ma formation et mon art se nourrissent mutuellement. Ce que j’apprends comme thérapeute change ma façon de créer, et mon art continue de m’enseigner des choses auxquelles la formation seule ne m’aurait pas donné accès. Me sentir entière n’a pas voulu dire effacer certaines parts de moi, mais leur faire à toutes une place.
C’est pourquoi ce travail est bien plus qu’un domaine que j’ai étudié. C’est aussi un chemin que j’ai parcouru, et cela façonne notre façon de travailler ensemble. Ma sensibilité est devenue une compétence, mes parts sont devenues des alliées et mon corps est redevenu un lieu de confiance. C’est ce que j’espère vous offrir.
Ce qui me nourrit :
Tout cela me rappelle de respecter mon rythme, de trouver de la joie dans les petits moments et de prendre soin de ce qui me nourrit vraiment. Moi aussi, j’ai besoin de ce rappel.